Publié le 22/05/2007 à 12:00 par travaillernuitgravealasante
En réponse à The new blogger.
Il est difficile à mon avis de reconnaître les symptômes d'une dépression. Le plus souvent, les personnes touchées ignorent eux-mêmes qu’elles souffrent de dépression. Elles attribuent leur propre mal être à une baisse de moral, à un coup de blues … Elles vont même avancer des causes sans lien avec le travail, elles vont incriminer le mauvais temps, un souci familial, une difficulté passagère …
Supposons cette fois que la personne concernée reconnaisse sa propre dépression, et bien, il est difficile de la convaincre de se faire soigner. Elle va affirmer que ce n’est pas réellement grave, que ça va passer. Le plus souvent, elle refusera de consulter un médecin, un psy, en affirmant qu’elle n’est pas folle. Le fameux mot est lâché. Dans l’esprit du plus grand nombre, psy renvoie à folie.
J’ai souvent testé la proposition suivante : « Quand on a mal aux dents, on consulte un dentiste, quand on commence à mal voir, on se rend chez un ophtalmo … quand on perd le goût de vivre, on va chez un psy. ». Tous les gens, à qui j’ai tenu ce type de discours, ont acquiescé. Interrogés, ils m’ont en revanche tous dit que s’ils étaient concernés, il n’est pas du tout certain qu’ils se tourneraient vers un psy.
Les préjugés ont la vie dure !
Publié le 17/05/2007 à 12:00 par travaillernuitgravealasante
Les pronostics ne sont pas rassurants. Il y a deux ans, l'Organisation Mondiale de la Santé annonçait dans un rapport qu’en 2020, la dépression constituera la première cause d'invalidité au travail. Fin 2005, IMS, un organisme canadien spécialisé dans l'information sur la santé, révélait que la consommation d'antidépresseurs a augmenté de 104 % en quatre ans et que le nombre de consultations pour des problèmes de dépression a grimpé de 60 % entre 1995 et 2003. Le mal ne touche évidemment pas que le seul Canada ; en fait, l’épuisement professionnel et le stress constituent aujourd'hui les maladies les plus fréquemment traitées par les psychologues occidentaux.
Publié le 12/05/2007 à 12:00 par travaillernuitgravealasante
[…] Dès lors on est en droit de se demander si des moyens véritables et concrets existent, pour venir au secours d’un salarié en détresse. On peut aller jusqu’à se demander, en grinçant des dents, si l’entreprise a d’autre réponse que d’écarter et de mettre sur la touche, quand elle les repère, ses salariés fragiles, ses candidats au suicide.
Publié le 06/05/2007 à 12:00 par travaillernuitgravealasante
Le Monde dans son édition du deux février 2007 relatait le suicide d’un salarié sur le site même d’un grand constructeur automobile […]
Vers qui peut alors se tourner un salarié en détresse ? Peut-on sérieusement imaginer qu’il prenne le risque de dévoiler sa souffrance, de dénoncer par là même les « faiblesses » du management de l’entreprise qui l’emploie et le paie. […] Les salariés touchés se murent effectivement dans leur souffrance. En témoigner auprès des syndicats et a fortiori auprès d’un DRH reviendrait à signer son « arrêt de mort » professionnel. Les personnes touchées tardent à parler de leur mal être ; dans les premiers temps, et cela peut durer plusieurs années, elles dénient la maladie, refusant de la nommer, agressant même leurs proches, qui voudraient aborder le sujet. […] Le comportement des gens touchés par la dépression est proche de celui des malades alcooliques. Interrogés, ils admettent sans peine que le stress pollue la vie de leur entreprise et qu’ils ne seraient pas étonnés si X, qui semble au bout du rouleau, lâchait prise. Ils se défendent en revanche d’être eux-mêmes touchés par le stress. Nous sommes là dans le domaine des maladies « honteuses », celles qui se cachent et ne disent pas leur nom.
Publié le 02/05/2007 à 12:00 par travaillernuitgravealasante
Célibataire, sans enfants, elle vivait pour son travail. Elle était foncièrement préoccupée par le devoir, le désir de plaire et de bien faire. Autant que j'ai pu comprendre, ses premières années d’activités se sont déroulées au mieux, jusqu'au moment où elle a douté du bien-fondé du métier d'enseignant et de la réalité de ses compétences […] S’est ensuivie une longue période de congé de maladie. Son employeur a alors fait de son mieux, en lui offrant de se reconvertir, en lui donnant les moyens de devenir documentaliste. C'est cela, il a fait de son mieux, mais, et c’est bien connu, le mieux est l'ennemi du bien …
M. avait besoin qu’on lui dise que le changement de métier n’avait pas fait d'elle une sous employée. Probablement aurait-elle regagné en confiance en soi. Et puis il est vrai qu'ils attendaient beaucoup d’elle, lui demandant en particulier d'informatiser la totalité des fiches, qui formaient le fond de bibliothèque et de documentation. Et voilà mon amie M., virtuose de la pensée et du mot, devenue petite main, s'acharnant à maîtriser les rouages des outils informatiques. Elle ne s'en est jamais plainte et de mon côté je n ai jamais osé lui dire que l'avoir astreinte à ces tâches d'exécution tenait du gâchis. C'est là que se joue la farce, que se révèle la faille des systèmes, qui ne savent pas reconnaître et a fortiori exploiter les capacités des uns et des autres […]
Lors de ses obsèques, le directeur de l'établissement qui l'employait a témoigné, déplorant d'avoir perdu une collaboratrice d'exception...
Publié le 26/04/2007 à 12:00 par travaillernuitgravealasante
[…] une nouvelle expérience, qui, cette fois, me met en butte à un personnage, qui va marquer d’une nouvelle tonalité ma perception de l’univers du travail. C'est lui qui va m’enseigner la notion de dignité dans le travail. Ça se passe à Saarbrücken, en Allemagne. J'ai été embauchée par un vendeur de saucisses frites, dont l’échoppe, sordide et puante, ouvre sur la rue. Cette boutique, longue de quelque cinq mètres, s'apparente à un couloir, d'un côté le mur, de l'autre côté des plaques de cuisson et autres bassines à frites dégoulinant de graisse. Entre les deux, un passage large d’un mètre, qu'il me faut lessiver à longueur de journée. Huit heures durant, agenouillée à terre, je passe et repasse la serpillière, pour effacer les éclaboussures de graisse tombées des frites et saucisses […]
Le patron se sert de moi pour donner libre cours à une forte déviance sadique et plus subtilement encore pour exprimer sa haine des Français. Au premier coup de chaussure reçu dans les flancs, je crois à une maladresse. Au deuxième coup de pied, je sais de quoi il en retourne, d'autant plus qu'il accompagne son geste d'une imprécation, « saloperie de Française », « dreckige Französin » dans le texte. Je vais travailler pendant cinq jours pour cet homme […]
Mes parents me l’avaient seriné, les exigences d’un patron sont par nature légitimes, leur remise en cause relève de la fronde. Convaincue du postulat, il ne me venait pas à l’esprit que se plier ne signifie pas se mettre à genoux. Une serpillière, ça peut se passer debout. Il me voulait à quatre pattes et je n’étais pas en mesure de discuter l'ordre, je n’étais pas armée pour me rebiffer.
La loi reconnaît aujourd'hui le harcèlement et reçoit la plainte des salariés et employés bafoués et humiliés au travail. Ma compassion va sans retenue aux hommes et femmes, qui témoignent et apportent la preuve qu’il est encore des employeurs, qui se délectent à les mettre à genoux.
Publié le 22/04/2007 à 12:00 par travaillernuitgravealasante
On ne se débarrasse pas de générations de parents et grands-parents travailleurs. Encombrée des gènes du travail, je me suis ingéniée au fil des années à faire illusion, à me faire illusion. Faut-il être conditionné, pour se tromper à ce point, pour se donner à croire que vous devez votre vie au travail, pour en venir à accepter que le travail vaille votre vie, pour oublier les enjeux et en arriver à s’agiter et se démener en permanence.
Ce constat me navre d’autant plus que je sais que les singes, espèce de gros malins, entretiennent un rapport plus sain au travail. Eux, ils sont capables d’ajuster leur comportement à l’immédiateté d’une récompense : quand celle-ci est vague et lointaine, ils se désengagent et chôment, au fur et à mesure qu’elle approche, ils s’activent et donnent de leur personne. Bah ! N’est pas malin qui veut.
Publié le 18/04/2007 à 12:00 par travaillernuitgravealasante
Ils rêvaient pour nous d’un monde, où le travail laisserait place à la vie, où, justement rémunérateur, il autoriserait loisirs et vacances.
Ils rêvaient pour nous et dans le même temps nous accablaient de conseils et mises en garde : « Il faut bien travailler à l’école. » Tout était dit. Plus tard viendrait, récurrente, la question : « Est-ce que ton patron (ou ton chef) est content de toi ? »
Il m’a fallu atteindre l’âge de cinquante ans, pour comprendre que l’objectif d’une vie n’est pas nécessairement de servir et faire plaisir à un chef ou un patron […]
Publié le 13/04/2007 à 12:00 par travaillernuitgravealasante
Regardez autour de vous. Pas besoin d’aller très loin. Vous avez sûrement dans votre entourage des forcenés du travail. Je peux parler de ceux qui affichent un attachement pathologique au travail, ceux qui, à longueur de soirée vous saoulent de propos qui n’intéressent qu’eux […]Ils subordonnent l'estime de soi à la réussite professionnelle et ne peuvent en conséquence s’épanouir en dehors de leur univers laborieux. Du coup, ils tournent le dos à tout ce qui entrave leur idéal de réussite et d’excellence[…]Avec le temps, il arrive à certains d’entre eux d’avouer piteusement qu’ils ne connaissent pas leurs enfants, qu’ils ne les ont pas vu grandir. Ils ont raison[…]
Publié le 12/04/2007 à 12:00 par travaillernuitgravealasante
Il arrive pourtant que le travail se vide de sens. Il arrive que des hommes et femmes, qui ont démontré un attachement viscéral à l'entreprise, en viennent à perdre l'estime de soi. Les brimades plus ou moins larvées, les objectifs surdimensionnés, l’absence de dialogue et d'interlocuteur, le manque de perspectives fabriquent un cocktail dangereux pour la santé. Il arrive qu’une conscience professionnelle trop poussée, le perfectionnisme, le désir de servir l’Entreprise et de lui plaire, conduisent à un épuisement, prélude à la dépression. Il se pourrait même que le stress au travail mette le cœur à rude épreuve. « Stress au boulot, coeur à vau-l’eau », écrit joliment David Bême.